Nouvelle star André Manoukian

Les coulisses de l’édition (7) : Comment publier son roman sur Amazon ?

 

Toi aussi, tu veux publier ton livre ? Tu cherches reconnaissance, amour, gloire, beauté, argent, cocaïne sur le capot des voitures, et les mêmes vestes que Bernard Pivot ? Mais tu ne sais pas comment faire, tu es un peu perdu dans l’Antarctique de l’édition, où de vils chacals te menacent avec leurs petits doigts crochus (si, si, j’en ai déjà vu… une fois). Ne t’inquiète pas jeune écervelé, tel un Dark Vador (mais sans masque noir et sans respirateur artificiel), je saurai te guider vers les chemins de la force obscure littéraire.

 

 

De : Dédé

 

Cher gourou de la littérature,

 

Nouvelle star André ManoukianCompositeur émérite, pouet poète du quotidien, pianiste éprouvé, découvreur de talent, pervers adorateur des femmes, j’ai décidé d’ajouter une autre corde à mon arc déjà bien fourni, en écrivant un roman graveleux vérité sur ma vie passionnante. Las ! Ce roman pourtant génial n’a connu que peu de succès (et ce n’est pas faute de m’être épanché dans les médias sur ma relation avec Liane Foly et mes nombreuses maîtresses). J’envisage donc pour le second roman de m’auto-éditer par Amazon. Je me suis créé un compte sur le site, mais j’ai rien compris comment qu’on faisait. Tu peux m’aider ?

Gros bisous,

 

Dédé M.

 

 

 

Cher Dédé,

 

Quelle heureuse coïncidence ! Tu m’écris au moment où je viens de recevoir une flopée de mails de la part de jeunes auteurs en soif de savoir (et de sous). Et bien, rassure-toi, car tu vas enfin trouver toutes les réponses dans ce merveilleux article. C’est parti mon kiki Dédé !

 

 

Pour qui s’adresse Amazon ? Pour quel usage ? Attention au miroir aux alouettes !

 Amazon.fr

Quelques règles fondamentales avant de publier sur Amazon et de gagner des millions :

 

1. Tu souhaites et assumes de faire de l’auto-publication. Attention, on parle de la vraie, là. Car les gens confondent tout et n’importe quoi. L’auto-publication est un « processus de mise en forme d’un contenu sélectionné, collecté, agrégé, synthétisé, en vue de sa diffusion sans intermédiaire » (c’est pas moi qui le dit, c’est Wikipédia). J’en parle également moi-même dans un article sur les coulisses de l’édition. En résumé, c’est quand tu es le capichef de ton navire : tu possèdes les droits pleins et entiers de ton ouvrage (donc pas de signature avec un éditeur véreux qui fait du compte d’auteur), tu réalises ou fait réaliser par des tiers l’ensemble des étapes de fabrication de ton livre (couverture, mise en page, promotion, organisation, etc.), et surtout, c’est toi qui paye.

 

2. Tu souhaites faire de l’auto-publication et tu n’attends rien d’Amazon. Et ben oui, André ! Amazon te procurera certains avantages, mais il ne faut pas croire qu’il va faire le boulot d’un vrai (et bon) éditeur en corrigeant les fautes d’orthographe ou de grammaire de ton torchon, en réalisant une couverture en béton armée, en réalisant une maquette de ton roman calée au millimètre, en lançant une campagne de méga-promotion dans 35 pays. La merde, même vendue en vitrine des magasins Ladurée aura du mal à se vendre…

Chez Dédé, cesse donc immédiatement de penser qu’en ayant ton bouquin sur leur site tu vas immédiatement toucher des milliards d’euros comme pour ce torchon porno (pardon, porno « pour maman ») qu’est Fifty Shades of Grey (flûte, je viens de me contredire en une phrase, mais ce n’est pas grave, dis-toi juste que c’est l’exception qui confirme la règle).

Amazon n’est qu’un prestataire auquel tu confieras une partie de la distribution de ton bouquin, rien de plus. Il ne réalisera pas tous tes fantasmes d’auteur raté auto-publié. Tu as choisi d’être auto-publié, tu assumes.

 

3. Tu souhaites faire de l’auto-publication, tu n’attends rien d’Amazon et tu ne cèdes pas à la facilité. Car malgré les étapes que je vais te détailler dans les paragraphes suivants, il est tellement simple de publier ses romans en quelques clics, qu’il faut être en capacité de réfréner ses instincts primaires et de balancer la purée. Car combien de fois ai-je pu voir les catalogues pourris par des romans à peine relus bourrés de fautes, des mauvaises nouvelles de cinq pages à 5 euros, des bouts de chapitre que l’on ose appeler « partie » d’une trilogie de Fantasy. Tu es un auteur, ta réputation se fera sur tes écrits (notamment via les commentaires assassins des lecteurs). Si tu fais de la daube, tu auras beaucoup de mal à t’en relever par la suite…

 

4. Tu souhaites faire de l’auto-publication, tu n’attends rien d’Amazon, tu ne cèdes pas à la facilité et tu es intelligent. Ben oui, j’espère que tu n’imagines pas fourguer des bouquins au kilo sur la seule beauté de ta couverture. Vois Amazon comme ça :

 Librairie

 

 La plus grande bibliothèque que l’humanité n’ait jamais construite. Pour qu’une personne aille se perdre dans les rayonnages et prendre ton bouquin demande un sacré travail et d’exploiter au maximum les possibilités de l’outil. Quelques conseils en vrac : ne sois pas trop gourmand en droit d’auteur, inscris-toi dans des stratégies commerciales différentes (ex du livre numérique), cultive ton réseau, trouve des solutions innovantes de promotion, bref, enfile ta plus belle perruque et imbibe tes lèvres de gloss pour faire le trottoir !

 

 

Quels services propose Amazon ?

 

Entrons enfin dans le vif du sujet ! Petite présentation de l’écosystème Amazon, car je me suis rendu compte au fil de mes discussions que les fonctionnalités offertes par cette formidable entreprise philanthropique étaient assez peu connues :

 

  • Tu veux publier un livre papier pour frimer devant maman ? Facile, utilise le service Createspace !
  • Tu veux plonger dans la modernité et publier un roman électronique (ebook) à lire sur tablette / liseuse ? C’est sur kindle direct publishing !
  • Tu veux voir ta petite frimousse et avoir une page auteur dédiée ? Va sur la Plate-forme auteur.
  • Tu veux prendre ta petite commission sur chaque exemplaire vendu de ton bouquin ? Deviens partenaire.

 

Un écosystème dense et complexe car les interfaces sont difficiles à comprendre (récupérer les gabarits de couverture sur Createspace avec des dimensions en pouce relève du miracle) et sont peu connectées entre elles (non, tu n’auras pas accès à ces services en te connectant avec ton compte Amazon actuel, il faut que tu ailles sur chacun des sites pour t’inscrire.). Mais le jeu en vaut la chandelle.

 

Et comme l’objet de cet article est plutôt de te raconter la manière dont on peut publier sur Amazon, je vais uniquement me concentrer sur les deux premiers services !

 

 

Auto-publier son livre papier : Createspace

 

Createspace est un service d’impression à la demande ouvert pour l’Europe depuis mai 2011.

 

logo du service d'impression à la demande Amazon Createspace

 

Quoi, quoi, quoi ? Tu ne sais pas ce qu’est l’impression à la demande ? Allez, pour te la faire courte, il s’agit d’un service qui a éclos avec les nouvelles technologies d’impression numérique et qui te permet d’imprimer un par un tes bouquins en fonction des commandes des clients. Pas de stock, pas de frais, pas de galère d’expédition, mais un coût d’impression du livre à l’unité assez élevé.

De tels services sont plutôt courants dans le milieu de l’auto-édition (notamment via Lulu ou TheBookEdition), et ont l’avantage de limiter l’investissement monstrueux de l’auteur qui devait imprimer auparavant à ses frais 5 000 bouquins.

 

Createspace n’a donc pas innové en la matière : l’auto-éditeur-auteur fournit les fichiers d’impression, définit sa marge auteur, et le service prend le relai (impression, expédition, etc.) en échange d’une confortable marge.

Comment faire ? Il faut se connecter à cette adresse : https://www.createspace.com/ et se créer un compte en suivant des étapes assez basiques. Ah oui, cher Dédé, j’espère que tu maîtrises à la perfection la langue de Shakespeare (avoir fourré sa langue dans la bouche d’une citoyenne britannique ne compte pas) car point de mots compréhensibles pour de vulgaires mangeurs de grenouilles, ici. Je ne vais pas te faire un didacticiel complet, mais le truc le plus important pour toi est de cliquer sur Add New Title  (Ajouter nouveau roman) et de suivre les étapes. Allez, comme je suis sympa, je te donne quelques conseils en vrac :

 

  • Demande un ISBN gratuit par Amazon, ça ne coûte rien, et ça t’évite de devoir passer par cette procédure longue à l’AFNIL (à qui tu dois envoyer un courrier pour qu’ils t’attribuent un stock de n° ISBN). Et puis, ça fait plus pro d’avoir un ISBN auprès des libraires que tu vas tenter de démarcher à l’avenir.

 

  • Trim size / Choix du format : très important, car Amazon autorise tout ce qui est possible (du poche au personnalisé). Petite astuce : si tu utilises le service de simulation, tu verras qu’Amazon facture approximativement les mêmes coûts quelles que soient les dimensions de ton roman pour un nombre de pages équivalent. Tu auras donc compris, intelligent comme tu es, qu’il vaut mieux valoriser les grands formats, car cela réduit ton nombre de pages (ben oui, tu en mets plus dans un format A5 que poche) et ton prix de vente ! 

 

  • Upload book file / Charger son fichier : Minute papillon Dédé ! N’oublie pas qu’Amazon n’est qu’un distributeur, il ne s’occupera pas de la mise en forme de ton roman. Alors si tu veux décrédibiliser en vingt secondes ta démarche d’auteur auto-publié, rien de mieux que de balancer le fichier Word de ton roman en Comic Sans MS 15. La mise en page d’un roman, c’est quelque-chose qui se travaille de manière professionnelle. Ben oui, on parle de trucs un peu compliqué comme la gestion des blancs typographiques, de veuves, d’orphelines, d’alinéas, de fine typographique, etc. Et même si cela est à présent à la portée d’amateurs avec des logiciels comme Indesign et des didacticiels facilement disponibles sur Internet (j’y reviendrai dans un prochain article), et ben ça demande quand même pas mal de boulot ! Pour info, cette partie peut être confiée à Amazon (Talk with us about Professional Design Services) mais les prix commencent à 249 dollars et je ne connais pas la qualité du rendu.

 

  • Cover / couverture : Amazon propose plusieurs solutions. Tu peux créer ta couverture toi-même via leur outil en ligne (Cover creator), qui est assez puissant et propose pas mal d’options. Mais attention, il reste forcément plus limité qu’un Photoshop et attention à la dérive ultra-kitch avec ce genre de commodité. Amazon propose également la possibilité d’intégrer sa propre couverture réalisée sur photoshop. Mais dans ce cas, attention aux dimensions (bien respecter les procédures décrites ici  et pour faciliter les choses, tout est en pouce). Utile pour ceux qui veulent tout maîtriser de A à Z ou pour ceux qui ont pris des dimensions de bouquin personnalisées (car dans ce cas, petite subtilité, Cover creator n’est pas disponible). Mais également si tu es riche, heureux Dédé, cette partie peut être également confiée à Amazon (Professional Cover design) avec des prix commençant à 149 dollars.

 

Une fois toutes ces étapes réalisées, il faut prendre son mal en patience, en général, de 24 à 48 heures. Et le plus rigolo dans tout ça, c’est que chaque modification future de ton ouvrage va repasser par ce processus.

 

Envol du romanVoilà, ton livre est créé ! C’est chouette, mais il faut maintenant le diffuser me diras-tu, pétri d’impatience. Minute papillon, j’y viens !

 

Tu vas cliquer sur distribute et configurer tes options de vente, tes canaux (Amazon.com, .fr, .co.uk, etc), ton prix (et c’est là que tu vas pouvoir rajouter tes droits d’auteur, ne sois pas trop gourmand), la catégorie, etc.

 

Quelques autres tuyaux en vrac :

 

  • Le canal de vente Createspace store n’apporte pas grand-chose car il s’agit simplement de ta boutique sur Createspace. Peu utile à mon sens.
  • Inutile de sélectionner Extended distribution / distribution étendue : c’est un programme censé te diffuser en librairie ou en bibliothèque, mais que sur le sol américain.
  • Contrairement à ce que beaucoup de gens indiquent sur les sites web, ne t’inquiète pas dans un premier temps des taxes américaines (avec leur formulaire ITIN et leur procédure ultra-complexe afin de récupérer la TVA). Car si tu lis cette page, c’est que tu es un auteur francophone et que tu as plus de chance de vendre sur Amazon.fr et donc, que tu es non assujetti à ce piquage de sous-sous en règle.
  • Si tu veux éviter les gros pâtés dans ta description de livre sur Amazon, utilise des balises HTML (comme des sauts de ligne <p> </p>)
  • N’utilise pas l’option  Publish on Kindle  / Publier sur Kindle car d’une part, elle n’est pas forcément très pertinente (parce qu’il faut se recogner dans tous les cas toutes les étapes pour le e-book dont je vais te parler juste dessous) et qu’elle n’apporte rien de spécial.
  • Important, il ne faut pas demander l’envoi d’une épreuve. Malgré le coût qui peut sembler dérisoire, il est imprimé et envoyé des États-Unis, ce qui est long et cher. Mais comment cela se fait-il alors que les livres à la demande achetés via Amazon sont imprimés au Royaume-Uni ou en Allemagne ? Mystère… Il faut simplement espérer qu’Amazon fasse évoluer sa politique à ce niveau… Comment tester ton bouquin, alors ? Pour le moment, pas de solution. Il faut le publier et le commander comme un lecteur lambda…

 

Et voilà, normalement au bout de quelques jours tu devrais voir apparaître ton roman papier sur Amazon !

 

 Roman punlié sur Amazon : comment faire

 

 

Il est en stock, mais la livraison peut nécessiter deux jours supplémentaires (ben oui, il doivent imprimer avant d’expédier). Voilà Dédé, j’espère qu’après ce long article t’aidera dans ta quête de publication.

Quoi ? Je n’ai pas tout traité ? Tu veux que j’évoque la publication sur support électronique avec Kindle direct publishing ? Bon, je te fais ça dans une partie II, parce que là, ça commence à faire beaucoup !

 

 

À suivre…

 

8 réflexions au sujet de « Les coulisses de l’édition (7) : Comment publier son roman sur Amazon ? »

  1. Merci pour cet article décalé (j’ai bien aimé le style) sur l’auto-publication et la solution offerte. Certains éditeurs purement numériques offrent aussi une alternative intéressante, avec le marketing associé. J’ai vu upblisher.com à l’oeuvre et ai apprécié leur qualité, leur sérieux et leur entrain.

    • Merci de faire partager son expérience 😉 Les éditeurs numériques sont encore peu structurés, mais certains font effectivement du travail de qualité comparables aux éditeurs traditionnels (relecture, correction, etc.) Je ne connais pas uplisher.com.
      Bientôt la suite de l’article qui sera consacrée justement à Kindle direct publishing 🙂

  2. Bonjour,

    je viens d’envoyer mon fichier sur createspace, et de valider l’exemplaire virtuel sur leur site (il semble qu’il n’y ait plus besoin d’attendre une validation d’un exemplaire papier ?). J’en ai quand-même commandé un exemplaire papier pour vérifier.
    J’en suis à l’étape « Royalty Payment Profile ». Il me manque le numéro ITIN. J’ai envoyé le formulaire W-8BEN en fin de semaine dernière à CreateSpace et j’attends leur retour (visiblement pas avant la fin du mois de décembre, si j’ai bien compris).
    Mon livre apparait déjà sur Amazon, mais pas « en stock ». Que faire pour qu’il le soie ? De plus, je n’ai pas le bouton « vendez le vôtre » qui apparaît, donc je ne peux pas le proposer moi-même. Savez-vous quoi faire à présent ?

    Merci bien.

  3. Très intéressant cet article sur CreateSpace. Je fais publier et distribuer mes livres par Lulu. Certains sont en français, d’autre en anglais. Je suis très content du travail très professionnel qui est fourni et de la rapidité avec laquelle un livre est imprimé et expédié. J’ai un compte CreateSpace chez Amazon, mais je ne l’ai encore jamais utilisé. Je n’en ai pas encore vu l’utilité étant donné que les livres Lulu sont distribués par Amazon. Jean-Paul G. POTET

  4. bonjour Quelqu’un peut-il me dire ou je trouve la traduction en Français des instructions pour remplir les cases en édition livre. Mon anglais n’est pas très top et je ne comprends pas tout.

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