Et si le dernier espoir, c’était de rester ? (2)

 

 

 

La seconde nouvelle d’un cycle conçu d’après le livre de Werber, le Papillon des étoiles. Alors que le livre
raconte l’histoire de ceux qui ont décidé de quitter une Terre en pleine perdition, à bord d’un immense vaisseau spatial de 144 000 personnes pour un voyage de 1 000 ans, ce cycle raconte
l’histoire de ceux qui sont restés… (partie 1 ici)


 

An 2

 

http://www.jheska.fr/wp-content/uploads/2012/07/Siegesalle.jpgEt nous n’allons pas tarder à les
rejoindre !

Jean posa les poings sur la table avec l’air conquérant qui le caractérisait. Il caressa le bois vitrifié de ses
doigts fins et glissa derrière la rangée de sièges occupée par les petits bonhommes gris du conseil d’administration.

Gabriel Mc Namara avait raison. Il avait tout compris. Le monde court
à sa perte : désastre écologique, nouvelles épidémies, raréfaction de la ressource eau, surpopulation, guerre, destruction, famine. La seule solution, c’est la fuite.

Recroquevillé dans un coin de la salle, un assistant faisait défiler frénétiquement des diapositives. Des images de
cataclysmes planétaires, de violences, d’émeutes, des photographies du papillon des étoiles, et des schémas divers présentant les résultats de plusieurs études marketings.

Que préconisez-vous ? lança une voix au fort accent. De nous
lancer nous aussi dans la construction d’un vaisseau spatial ?

Jean dévisagea Henry Newman. Il s’attarda sur ce nez crochu, ces pommettes saillantes, ces petits yeux huileux. Un
physique ingrat qui renfermait une intelligence hors du commun, et qui faisait de lui le membre le plus influent de cette triste assemblée. Le plus dangereux également. Ancien ami de son père, il
rêvait de prendre la place de Jean, ne s’en cachait pas, et faisait son possible pour mettre en péril ses projets.

Non, pas un seul vaisseau spatial.

Il fit signe à l’assistant. Une image grandiose apparut sur l’écran. Des dizaines de fusées aux lignes acérées,
alignées sur des rampes de lancement.

Mais des centaines. Nous avons rejeté le modèle du papillon, trop
fragile à notre goût, pour lui préférer celui du dauphin. La propulsion ionique développée par le Département R&D est opérationnelle. Nous sommes en capacité de convertir notre infrastructure
industrielle, nos astronomes ont identifié des milliers de destinations viables.

L’assemblée resta silencieuse. Certains se risquèrent à des mimiques sceptiques.

Écoutez, nous savons tous que vous avez été touché par… l’accident de
votre frère aîné, déclara Henry. Mais êtes-vous persuadés que…

Jean le fit taire d’un mouvement nerveux.

Mon frère a préféré jouer au gendarme, c’est son choix. Sa jambe et
ses béquilles sont le prix à payer, mes décisions et mon jugement n’en sont aucunement altérés. D’ailleurs, c’est plutôt à vous qu’il faudrait poser la question, Henry. Vous semblez attacher une
certaine importance au sujet, pour le relever à chaque réunion.

De vagues sourires éclairèrent les visages. Henry Newman se renfonça dans son siège, les lèvres crispées. Jean
sourit. La partie était gagnée.

Mais la police, les militaires, qu’en faites-vous ? interpella
Anita Idoine, responsable de la branche agroalimentaire. Vous souvenez-vous du fiasco du Papillon des Étoiles ?

Je ne m’en inquièterais pas. Les mentalités ont évolué. Les gens ont
senti le vent de l’anéantissement se lever. Ils ont peur, nous leur apportons une solution. Nous avons une avance non négligeable sur la concurrence, c’est une chance à
saisir.

Jean fit un nouveau signe à son assistant, qui se leva et alla courir vers un tableau recouvert d’un drap
blanc.

Messieurs, voici le sigle de notre nouvelle
filiale.

Il marqua une pause évocatrice.

ESPACE ! Nous allons fuir la Terre, et offrir à ceux qui le
veulent la possibilité de se joindre à nous !


A suivre…




9 réflexions au sujet de « Et si le dernier espoir, c’était de rester ? (2) »

  1. Arf… Je déteste faire ce genre de commentaire, mais j’y suis obligé: tu as écrit « une avance non négligence » au lieu de « une avance non négligeable ».

    Et vivement la suite! 😉

  2. C’est rigolo de voir vos coms quand je fais des cycles, parce que je me dis toujours « Ah merde, ils voient les choses comme ça, ils vont être déçus… »
    La structure de cette nouvelle est un peu différente car c’est une nouvelle « chorale » familiale. J’en dis pas plus 🙂

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