Et si le dernier espoir, c’était de rester ? (4)

 

 

La quatrième nouvelle d’un cycle conçu d’après le livre de Werber, le Papillon des étoiles. Alors que le livre
raconte l’histoire de ceux qui ont décidé de quitter une Terre en pleine perdition, à bord d’un immense vaisseau spatial de 144 000 personnes pour un voyage de 1 000 ans, ce cycle raconte
l’histoire de ceux qui sont restés… (partie 1 ici, partie 2 ici, et partie 3 ici)

 

 

 

An 35

 

http://www.greenpeace.org/raw/image_full/france/photosvideos/photos/le-siege-des-nations-unies-a-n.jpgLe jeune homme se fraya un chemin au milieu
des assemblées compactes. Les délégations erraient entre les tables sans trop savoir où se placer, cherchant désespérément la pancarte gravée au nom de leurs pays d’origine. Rajiv promenait un
regard anxieux. Il y a à peine trois mois, il était dans le même cas. À présent, il faisait partie des vétérans.

Il progressa le long de l’allée centrale, monta sur l’estrade et s’installa derrière le pupitre. Il tapota sur le
micro pour signifier que son allocution allait débuter. La masse frémissante s’agita et se casa tant bien que mal. La place ne manquait pas. Chaque semaine, de nouveaux représentants
apparaissaient, succédant aux anciens qui fuyaient. Une part encore plus importante ne venait plus, parce que le voyage jusqu’à New-York devenait impossible, ou parce que leur propre gouvernement
n’existait plus.

Rajiv ne reconnaissait personne, les seuls amis qu’il avait réussi à se faire en dehors des commission étaient
partis.

Sa gorge était sèche. Il se baissa et fouilla dans sa sacoche à la recherche d’une bouteille d’eau. Il
s’ar
 rêta au milieu de son mouvement en se disant que cela ne convenait peut-être pas à la solennité du moment et se releva vivement. Ses tempes rosirent.

Nous allons commencer, lança-t-il du ton faussement assuré qu’il avait
appris à utiliser ces derniers temps.

Sa cage thoracique voulait comprimer son cœur. En tant que numéro 285 de son gouvernement, il ne serait jamais douté
pouvoir un jour se rendre aux Nations-Unies. Alors de là à y prononcer un discours…

Merci de votre présence. Je serai bref. Notre commission a été chargée
d’évaluer l’impact des mouvements d’émigrations. Voici les résultats préliminaires de cette enquête.

Il plaça sur ses yeux une paire de lunettes et se tourna à moitié vers l’écran.


Depuis le début des opérations de fuite, environ 16 450 fusées ont
quitté notre atmosphère pour rejoindre 8 500 destinations différentes. Soit 700 millions de personnes. Cela peut paraître peu, comparé à l’importance de la population, c’est pourtant un
manque qui pourra provoquer l’effondrement de la civilisation telle que nous la connaissons. Au-delà des difficultés environnementales léguées par nos ancêtres, notre système d’infrastructures
s’écroule, les approvisionnements ne sont plus assurés, on signale des problèmes de logistique un peu partout. Divers émeutes de la faim ont déjà eu lieu, certaines régions ont sombré dans le
chaos.

 Un schéma
s’afficha. Il représentait un planisphère, où de vastes zones grisées en Europe, en Asie, en Amérique étaient frappées d’un lapidaire « Zone de non-droit ».

Nous craignons le prochain hiver. Les gouvernements encore en fonction
sont incapables de mener à bien les politiques de redressement, à cause de l’important turn-over, de l’inexpérience des nouveaux dirigeants, et surtout, de l’impossibilité à pallier le manque de
moyens humains.

Il stoppa soudain son flot de paroles. Il sortit un mouchoir de sa poche, et s’épongea le front. Il transpirait
toujours quand il était stressé.

Un représentant leva la main, désireux de s’exprimer. Est-ce que le protocole l’autorisait en temps normal ? Rajiv
haussa les épaules, puis lui fit un signe positif de la tête. Celui-ci se redressa et salua l’assemblée.

Nous sommes déjà au courant. Nous ressentons tous les effets de la
situation. Les sols, l’air, l’eau, la terre sont contaminés. La semaine dernière, Bagdad a été paralysée par trente centimètres de neige. Les sociétés s’écroulent. Mais que pouvons-nous
faire ? À part économiser pour tenter de nous offrir une chance d’en réchapper à bord d’un Dauphin ?

Une vague d’approbations secoua l’assemblée. Des cris fusèrent.

 C’est la
fin de l’humanité, il faut s’y résigner !

Tout est fini ! Tout le monde le sait, sauf
l’ONU !

Si nous en avions les moyens, nous serions déjà tous
partis !

Rajiv leva les mains, il réussit après quelques minutes à obtenir un silence acceptable.

Justement, ne serait-il pas l’heure d’offrir une autre alternative ?
Laissons ceux qui le veulent s’en aller. Mais ne permettons pas que leur vision apocalyptique assombrisse nos âmes. Il est temps de cesser de pleurer sur notre sort, de relever les manches, et
d’agir.

http://www.jheska.fr/wp-content/uploads/2012/07/article_photo_1225300926607-1-0.jpgEt que proposez-vous donc ? cria un autre représentant.

Rajiv se retourna, et lança un coup d’œil discret à une silhouette située derrière l’estrade. Celle-ci lui répondit
par un signe positif de la tête. Elle était prête, même si une incroyable douleur venait de remonter le long de son œsophage. Rajiv était loin d’avoir fini son introduction, mais, après tout,
cela n’avait pas d’importance.

Je vous présente, Antoine Rafal, le coordinateur de notre groupe de
travail. Il vous expliquera les choses de façon plus… ordonnée que moi.

Rajiv se décala et laissa la place à son ami. Puis, il lui tapota l’épaule afin de lui transmettre un peu de courage.
« Nous sommes tous des novices » lui avait-il confié au début de leur collaboration, quand le directeur du cabinet avait démissionné, plusieurs mois auparavant.

Bonjour… lança la voix incertaine d’Antoine. Il y a environ trente
ans, mon oncle, Jean Rafal, a créé la plus importante société aérospatiale, ESPACE, qui a été en mesure d’emporter vos familles, vos parents, vos amis, vos enfants vers d’autres mondes. Il
croyait en ce qu’il faisait, et c’est d’ailleurs pour cela qu’il est parti l’année dernière.

Antoine avala sa salive.

Il y a également trente ans, mon père, Marc Rafal, colonel de
gendarmerie, a assisté au décollage du premier Papillon des Étoiles. Sa mission était de l’en empêcher. Il a échoué, et il en a porté les stigmates physiques toute sa vie. Mais il m’a légué
quelque-chose. L’espoir. Non pas dans la fuite, car cela ne règlerait en rien le problème. Mon oncle a eu tort. Gabriel Mc Namara a eu tort. Quelle espèce serions-nous si nous débarquions à un
endroit, que nous le saccagions, et que nous repartions, à part de simples parasites ? Il est peut-être temps de penser à nous contenter de ce que nous avons, à vivre en harmonie avec notre
environnement, et à réparer nos nombreuses bêtises. Nous devons changer, et évoluer vers un âge de la responsabilité. C’est pourquoi, aujourd’hui, nous venons à vous avec un ensemble de
préconisations qui sauveront la planète, et nous-même, également.

Un silence religieux s’empara de l’hémicycle.

Bien, intervint Rajiv en se frottant les mains. Commençons, nous avons
du pain sur la planche…

 

 

A suivre…

 



7 réflexions au sujet de « Et si le dernier espoir, c’était de rester ? (4) »

  1. « Nous avons du pain sur la planche… »
    A ce niveau là c’est plus du pain mais une boulangerie qu’ils ont sur la planche.

    P.S: C’est la partie 4, pas la 3; tu t’es trompé dans ton commentaire 😉

  2. Hum, si je me souviens bien du livre je crains la fin^^
    En tout cas j’aime beaucoup l’histoire jusqu’à présent ! Go Antoine !! =)

    (Effectivement, y’a du boulot^^)

  3. Oui ben en gros, on est deja dans tout ça 😛
    Les humains sont les parasites de la Terre, .. « les sols, l’air, l’eau sont contaminés ».. deja ! En tous cas si la moitié des humains se barre vers des milliers d’autres planètes, celle-ci sera
    allégée mais bonjour les degats sur les nouvelles haha. Alors si la fin est moins rude ou triste que celle du livre ,eh eh , je continue ma lecture ici 🙂

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