La loi de Darwin (épisode 3)

La loi de DarwinJ’ai toujours connu le monde ainsi. Un beau bordel. Eh ouais, les ruines, les morts, les destructions, les villes abandonnées, les pillards qui s’étripent pour une boîte de conserve. C’est ma vie. Et je m’en sors plutôt pas mal.

Mais l’Écosystème, c’est une autre paire de manche. C’est quoi l’Écosystème ? Le truc qui nous a mis à genoux. Une faune hautement toxique qui grignote chaque année un peu plus d’espace vital. Faisant de nous une espèce en voie d’extinction… Qui doit lutter pour sa survie.

 

Je suis sortie sans les boîtes de conserve, et en plus j’ai rendu tripes et boyaux. Le chat ne passait pas. Jamais je n’avais vu ça, putain. Les fonges s’étaient nourris de Tête de rat beaucoup plus vite que d’habitude. Terrain miné. Tu effleures à peine un bulbe et il dégage une nuée de spores qui se colle à toi comme un gosse qui a perdu sa mère. Putain, j’ai perdu une bouteille d’O2 et mon déjeuner. Une très mauvaise opération.

J’ai rasé les murs avant de m’arrêter dans un vieux restaurant. Des tables renversées, des chaises pourries, mais une banquette dans le fond et des vieilles couvertures qui m’ont permis de virer la poussière avant de passer à la douche de décontaminant. J’ai avalé une capsule de mon antifongique maison. Ça me faisait cracher du sang, mais j’étais sûre au moins de tuer les germes dans mes poumons.

J’ai vérifié trois fois si je n’avais pas de coupure sur la peau dans lesquelles les spores pourraient pénétrer. Je voulais pas finir comme Tête de rat, crever parce que j’ai bêtement déchiré ma peau contre un tiroir-caisse rouillé souillé.

Il y avait un mur au fond couvert de vieux journaux et de photos jaunies des victimes de l’Écosystème. Clair qu’ils n’avaient que ça à foutre, à l’époque. Décorer alors que la lutte des espèces est en marche. J’ai reniflé et j’ai renfilé mon attirail.

Une très mauvaise opération, tout ça. La mort de Tête de rat, pas de ravitaillement, et un constat : ma migration saisonnière dans le coin, c’était terminé. Il n’y avait plus rien à tirer de ce trou. J’avais remonté la fois de trop. Le petit train-train rassurant, c’est ce qui tue. J’allais devoir prendre quelques décisions dans les semaines à venir…

Je me suis tout de même décidée à faire un peu d’eau avant de décoller. Il y avait des restes de pluie dans un vieux tonneau sous la toiture. On élimine la couche de spores, on bout, on filtre. On rebout, on refiltre. Et l’antifongique maison. Ça donne un goût dégueulasse, ça empoisonne le sang, mais ça permet au moins de ne pas se transformer en réserve de nourriture pour champignons.

J’ai décollé à la moitié du jour et je n’ai pas réussi à sortir du centre-ville avant la tombée de la nuit. Je me suis faufilée dans un trou qui avait déjà visiblement servi de squat à un groupe il y a bien longtemps. J’ai sécurisé, j’ai posé mes pièges. Pas le temps pour trouver de quoi casser la graine. Mais je me suis fait une orgie d’eau. Une pisse presque transparente, et qui a l’avantage de se filtrer plutôt bien.

Presque le bonheur.

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