Presque noyé en pleine tempête

 

tempete.jpgAdolescence. Boutons sur la figure, voix en pleine mue,
premiers poils sur un torse large comme une boîte d’allumette, parents qui ne comprennent rien à la vie « trop dure » que je subis.

C’était lors de l’été sur la Côte d’Azur, il faisait beau, il faisait chaud. Avec une bande d’amis, nous avions décidé de profiter du grand soleil prévu durant la journée pour faire une
balade en mer.

 

 

Sylvain sort le bateau pneumatique de ses parents du box de club de voile avec un air triomphant. Je suis agréablement surpris. C’est spacieux, confortable, mais sans moteur. Animé par la seule
force de nos bras musclés et virils, parce que les filles décident unanimement de ne pas ramer (même que cela nous arrange afin de pouvoir faire nos démonstrations de forces pures).

La matinée se passe tranquillement, nous longeons la côte et nous nous aventurons un peu au large. À la mi-journée, nous pique-niquons sur un récif. Ce n’est pas très pratique, nous sommes serrés
comme des sardines, mais nous sommes fiers de bivouaquer au milieu des flots infinis, dans des lieux d’initiés auxquels seuls les marins les plus aguerris peuvent accéder.

Nous reprenons la mer. Alors que nous ramons rêveusement en admirant le paysage, la brise se lève. Des nuages gris apparaissent, le temps se fait sombre. Nous avons peur de prendre la pluie, et,
étant donné que l’après-midi est bien entamée, nous décidons de rentrer.

 

La plage est encore loin. En moins de vingt minutes, les conditions climatiques changent du tout au tout. Le ciel s’obscurcit, le vent devient violent, les vagues secouent notre frêle esquif.

Nous suivons notre cap, un peu plus nerveusement. Et puis, soudain, un rouleau énorme projette notre bateau contre les récifs. Nos sacs tombent à l’eau, nous rattrapons Aurélie de justesse avant
qu’elle ne passe par-dessus bord. Nous pagayons pour nous éloigner au large, au prix d’efforts épuisants. Le canot a souffert, il est percé. Il se dégonfle peu à peu. L’eau de mer s’infiltre
partout, les courants trop puissants nous amènent au large.

 

Nous pataugeons dans cinq centimètres d’eau. Avec mes amis, nous nous jetons à la mer pour limiter le poids. Les filles restent à l’intérieur (avec un peu de chance, si nous nous en sortons
vivants, elles accepteraient enfin de coucher avec nous pour nous remercier de notre bravoure et de notre courage). Nous nous agrippons aux cordages. Ça ne sert à rien, le canot est devenu un
sous-marin. Les vagues sont monstrueuses, nous sommes ballottés comme des morceaux de bois, j’avale trois litres d’eau à chaque mouvement. Nous sommes épuisés. Les conditions sont exécrables. La
pluie commence à tomber.

 

Et, en un instant, miracle. La responsable du stand de planche à voile, que nous connaissons bien, et qui passait par là récupérer deux véliplanchistes surpris comme nous par la tempête, nous
repère et vient à notre rescousse. Dans son gros bimoteur, elle ne craint rien. On grimpe dans la barge, on prend le peu d’affaires qu’il nous reste et notre simulacre de canot.

Nous débarquons moins de cinq minutes plus tard sur la plage, tranquillement. Retour à la normale.

 

Ici, le temps ne paraît pas aussi hostile. Les enfants jouent dans les vagues, heureux d’avoir enfin un peu d’action, sous les yeux bienveillants de leurs parents.

 

 

 

 



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