couloir vaisseau spatial

Un monde idéal où il faut en passer par là

 

couloir vaisseau spatialLe couloir en aluminium était si exigu et la file si compacte que Nathan croyait qu’il allait étouffer sur place. Mais lorsqu’il put déposer ses deux grosses valises sur la ligne jaune qui offrait une vue imprenable sur le hangar fourmillant de robots, il se demanda s’il n’était pas mieux loti dans sa cage à poule.

La machinerie automatique était occupée à traiter les nouveaux arrivants : des bots cuirassés venaient picorer les flots d’humains vomis par les sas et alignés gentiment sur les repères. Des pleurs et des cris parsemaient les sonorités métalliques. Nathan chercha du regard sa femme et ses filles, mais il ne distinguait rien dans cette bouillie furieuse. Soudain, les deux mètres de cuirasse d’un bot se plantèrent devant lui. Nathan se crispa. Deux pinces l’agrippèrent par les bras et le soulevèrent à trente centimètres de hauteur. Une caméra amovible l’étudia des pieds à la tête et des lignes vertes colorées s’affichèrent sur l’écran de contrôle. Cinq secondes plus tard, il était arraché à la foule pour être emporté dans une des nombreuses portes qui jalonnaient le vaste espace. À l’intérieur, un bloc opératoire exigu.

Un hoquet nerveux. Le bot resserra son étreinte. Il lui arracha ses vêtements sans ménagement pour les jeter dans un incinérateur. Ses valises le rejoignirent en moins de temps qu’il ne fallut pour le dire.

Nathan hurla, se contorsionna, mordit les pinces métalliques, usa de toute sa force pour s’échapper mais son geôlier ne vacilla pas une seconde en l’attachant sur la table d’auscultation. Pieds et poings liés. La nuque entravée dans un étau.

Une dizaine de robots-araignées gros comme le poing surgirent d’un tiroir et parcoururent sa peau. Prélèvement de tissus, injection de produits inconnus. Une forte pression au niveau la moelle épinière qui lui fit presque perdre connaissance.

Le traitement qui suivit fut encore plus abominable. On le rasa intégralement, des pieds à la tête : cheveux, aisselles, jambes, pubis. Puis, il fut aspergé d’un fluide poisseux aux relents de javel. Les liens autour de ses poignets se resserrèrent un peu plus alors qu’on introduisait des tuyaux dans sa bouche, ses oreilles, ses narines, son anus et qu’on y injectait un liquide froid et acide qui le dévora de l’intérieur. Ses yeux ne furent pas épargnés, barbouillés d’une pâte orange piquetée de grains durs comme du sable.

Puis la table se leva d’un côté, le plaçant en position verticale. Un robot à l’air menaçant emballa ses testicules dans une sorte de sachet bleu. Les lumières s’éteignirent. Plongé dans une obscurité totale alors que des cris étouffés s’échappaient des cloisons voisines. Des faisceaux verdâtres surgirent des murs, des lasers à la recherche d’une cible à détruire. Une douleur incroyable irradia sur son torse, sur ses jambes et sa tête. Ses yeux paraissaient cuire comme des œufs.

Et tout s’arrêta. Les néons se rallumèrent, un autre bot le détacha de la table et le porta jusqu’à un sas de l’autre côté. Une dernière bouffée d’un gaz aux relents fétides et il fut poussé en avant. C’était fini.

Il marcha comme un zombi dans le couloir, rejoint par d’autres qui avaient subi le même sort et qui sortaient par vagues de portes sur le côté. Tous mus par l’instinct primaire de se diriger vers la lumière qui perçait au loin.

Il déboucha dans un jardin luxuriant, complètement nu, les poumons en feu, les jambes flageolantes, pétri par le froid alors que la température paraissait clémente, incapable de distinguer quoi que ce soit à plus d’un mètre.

Une silhouette jeta une couverture en plastique humide sur ses épaules.

— Tenez, ça calmera vos démangeaisons. Vous êtes arrivé par la navette coloniale de Melbourne ?

Nathan acquiesça.

— Ma femme ? Mes enfants ? brebouilla-t-il en se frottant la peau.

— J’éviterais à votre place si vous ne voulez pas avoir la chair à vif. Ils arrivent. Désolé pour le traitement de choc et l’irradiation, mais c’est nécessaire. Pour éliminer toutes les bactéries terriennes. Éviter la contamination de notre écosystème. Vous comprenez ?

— Traumatisant…

— Comme toute naissance. Bienvenue sur Terra 4, notre nouveau monde colonial. Votre nouveau chez vous.

 

Dans un monde idéal…

 

 

 

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