vers-des-sables

Un monde idéal où il faut faire attention où l’on met les pieds

 

Bastien aurait dû avoir la puce à l’oreille.

Malgré la brume de la fatigue, il aurait dû comprendre en sortant du hall de son immeuble en cette matinée ensoleillée qu’il y avait quelque-chose d’inhabituel. La rue d’habitude si animée par les concerts de klaxons, les parents stressés escortant des bambins colériques, ou les travailleurs pressés, était en effet plongée dans un silence oppressant.

Au lieu de s’en alarmer, il s’engagea sur le trottoir d’un pas alerte, tout occupé à pianoter sur son smartphone. Ce n’est que lorsque son regard fut attiré par des gens massée sur le toit d’une voiture, et qui tentaient de l’avertir discrètement, qu’il comprit.

 

Attirés par les vibrations du sol, les vers des sables se précipitèrent sur leur proie. Ils foncèrent sous le béton et percèrent avec leurs dents affutées comme des lames de rasoirs la couche d’asphalte pile sous les pied de Bastien.

Le jeune homme s’affala dans le gouffre. Une mare de sang. Des cris et des gargouillis. Puis un corps plié dans un angle effrayant, grignoté de l’intérieur, restant planté dans la chaussée comme une endive.

Oh oui, Bastien aurait dû avoir la puce à l’oreille…

 

Dans un monde idéal…

 

 

5 réflexions au sujet de « Un monde idéal où il faut faire attention où l’on met les pieds »

    • Si tu entends par « épice » « immondices laissés par mon joyeux voisinage – dont de belles crottes de chiens – un peu partout dans la rue », ce monde regorge en effet de cette merveilleuse ressource… 😉

Laissez un commentaire...