Ville dans la forêt

Un monde idéal où l’être humain prend soin de l’environnement

 

Ville dans la forêt Les militaires firent exploser les portes barricadées. Des coups de feu résonnèrent. Au fur et à mesure que les silhouettes grimpaient dans les étages, les corps de leurs opposants s’amoncelaient dans la rue. Noah se coucha un peu plus. De sa terrasse, il avait une vue imprenable sur la scène. Prenant soudain conscience qu’il pouvait se faire repérer, il rampa jusqu’à la porte-fenêtre de son appartement.

— Ils sont là… se plaignit-il auprès de son chien empaillé dans le salon, tout en se frottant les membres rongés par l’arthrite. Ils les ont eus. Demain, ils seront ici.

Il se traîna jusqu’au fauteuil planté au milieu des détritus et des prospectus griffés de l’habituel slogan rouge sang « EVACUATION GENERALE ».

— Ils ont tous abandonné, mais moi, je resterai. Plus de quarante ans que je vis ici. Oh ça oui, ils n’auront pas le vieux Noah.

Il posa son fusil sur les genoux. Vérifia pour la troisième fois qu’il était chargé.

— Tout ça pour des putains de lapins, maugréa-t-il en avalant une bouchée de cassoulet froid qu’il fit passer par une lampée de whisky.

Il attrapa un magazine. Déjà lu cinq fois. Et toutes les pages consacrées à la même chose : l’ordre d’évacuation.

— Des putains d’ours, de biches, de loups et de hérissons qui squatteront ma maison, râla-t-il. Tu le crois, Médor ? Nous, obligés de faire place nette ! À l’époque, on s’en foutait, on les laissait crever. Jamais je n’irai là-bas ! Tu m’entends ? Ils vont devoir me passer sur le corps.

Tandis que des coups de feu crépitaient encore à l’extérieur, il feuilleta les pages. Des mots qui ne lui parlaient pas : lutter contre l’étalement urbain, rationnaliser les coûts, biodiversité, rendre le territoire à la nature, s’inscrire dans l’environnement, nouvelle ère. Et surtout, les images de ces immenses tours en bordure d’océan, couvertes de jardins suspendus, s’intégrant dans le paysage, épousant la topographie du terrain. Leur nouvelle maison.

— Conneries ! cria-t-il en jetant la boîte de conserve sur le museau de son chien qui resta impassible.

Jamais il ne laisserait son Paris aux griffes des écureuils. Jamais.

 

Dans un monde idéal…

 

 

 

19 réflexions au sujet de « Un monde idéal où l’être humain prend soin de l’environnement »

  1. Sont concernées pour la première vague d’évacuation les villes de : Lyon, Paris, Marseille, Nice, Cannes, Dijon, Strasbourg et Montpellier. Merci de ne prendre que des effets personnels faciles à transporter pour vos nouveaux lieux de vie.

    Le gouvernement de François Hollande vous remercie.

    • Oh non ! Car si effectivement la première vague ne concerne que les villes citées plus bas, voici la carte définitivement de la phase 1 d’évacuation :

      Et je trouve ça crédible que cette décision soit portée par le gouvernement de François Hollande : son volontarisme, sa motivation, son engagement sont cohérents avec cette prise de décision radicale 🙂

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