Un monde idéal où les esprits des morts persécutent les vivants

 

Les paupières de Fabrice
s’ouvrirent brusquement. La petite fille était là, à côté du lit, dans l’obscurité. Ses cheveux bruns humides tombant sur un visage blanc cadavérique, sa robe blanche tâchée de sang et couverte
de terre. Son haleine glaciale envahissait la pièce. Ses yeux jaunes brillaient d’une lueur malsaine. Elle tendit sa main vers lui, comme une invitation à le rejoindre.

Fabrice tâtonna sur la table de chevet. L’éclair de la lampe jaillit. Sa compagne,
Lise, râla et se redressa, puis se figea.

La petite fille ouvrit la bouche. Dans un profond son guttural, elle libéra des centaines d’asticots sur le plancher.
Les lumières vacillèrent, elle se jeta sur le lit et montra des crocs acérés.

Merde ! T’es chiante ! s’énerva Fabrice en voyant des cafards tomber sur son oreiller. Toutes les nuits
c’est le même cirque, tu ne pourrais pas aller ailleurs ? On bosse, nous !

Le spectre cria, puis récita des incantations en latin.

Ras le bol ! hurla Lise en se levant.

Elle l’agrippa par le bras et la sortit de la chambre. Des bruits de lutte résonnèrent. Épuisé, Fabrice alla chercher la pelle et la balayette pour ramasser les asticots. Il râla quand il constata qu’elle avait mis de la boue partout sur le
plancher et sur la couette.

Lorsque Lise revint, il s’était déjà réinstallé dans le lit.

Tu l’as enfermée ?

Dans le placard. Mais je l’ai foutue sous l’eau glacée avant. Elle m’a fait le coup des serpents et des
scarifications. On est tranquille pour le reste de la nuit, j’espère.

Je suis crevé…

Et moi donc, lança Lise en se lovant dans les draps propres. Faudrait peut-être qu’on cherche à comprendre pourquoi
elle est morte, pour l’aider, ou la calmer. Ça a bien aidé les Jourain.

Et puis quoi encore ? J’suis pas une assistante sociale pour spectre !

 

 

Dans un monde idéal…

 



2 réflexions au sujet de « Un monde idéal où les esprits des morts persécutent les vivants »

  1. Hi, hi, et tu as échappé à la première version de la nouvelle où l’esprit était obligé de se coltiner le ménage après avoir tout pourri 😉
    En ce moment, j’ai pas mal d’inspiration, et j’ai encore pas mal de nouvelles sous le coude. On verra si ça dure 😉

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